Terres et Pierres
Porcelaines Limousines
Tiré des statistiques générales de la France , département de la Haute-Vienne, publié en 1808, sur les mémoires adressés au Ministre de l'intérieur par MM. les Préfets

Matières à porcelaine. Parmi les substances minérales qui enrichissent le sol de ce département, il n'en est pas de plus précieuses que les kaolins et les petunsés. C'est à leur découverte que l'Empire doit la fabrication de la porcelaine dure ; c'est à leur abondance et à leur beauté qu'il doit la prospérité de ce commerce, l'un des plus avantageux de l'industrie françoise.
Jusqu'en 1761 les manufactures royales de Chantilli et de Sèvres n'avoient fabriqué que des porcelaines tendres. A cette époque un Strasbourgeois fit connoître à cette dernière les matières employées et les procédés usités à la manufacture de Frankental ; mais les kaolins provenoient de Passau, et n'étoient pas encore découverts en France.
M. Guettard annonça le premier à l'Académie qu'on trouvoit des kaolins dans les environs de Limoges ; il publia un mémoire à ce sujet en 1765.
A la même époque M. Darnay, chirurgien à Saint-Yrieix, crut reconnoitre dans les kaolins une argile précieuse pour le blanchissage, et pour éclaircir ses doutes il en adressa des échantillons à M. de Villaris, pharmacien à Bordeaux, en lui faisant connoître leurs localités. Ce dernier partit pour Saint-Yrieix, y reconnut l'existence des kaolins, en fit des envois à Paris, notamment à M. Maquer, enfin sollicita et obtint les récompenses promises. Les réclamations de M. Darnay ne tardèrent pas à dissiper le doute qui enveloppoit l'honneur de cette découverte, et il reçut les dédommagements qu'il avoit mérités.
Ce fut au domaine du clos de Barre, à un grand kilomètre Nord-Est de Saint-Yrieix qu'on trouva les premiers kaolins ; mais plusieurs affleurements se montrant dans les environs, partout ils furent fouillés et recherchés avec soin, et dans peu d'années on posséda plusieurs carrières importantes.
Ces découvertes redoublèrent l'ardeur des savans. Guettard, Macquer, Durcet et M. de Lauragais, sans s'être communiqué leurs procédés, parvinrent à fabriquer quelques pièces de porcelaine dure. M. de Lauragias en présenta des échantillons à l'académie en 1766 ; cependant d'après les archives de la manufacture de Sèvres, il paroit certain que ce fut Macquer qui, en 1768, y introduisit cette nouvelle fabrication.
Des particuliers ne tardèrent pas à élever des manufactures de porcelaine à Limoges et à Saint-Yrieix ; leur proximité des carrières de kaolin et de petunsé leur permit de multiplier les essais qui, seuls, pouvoient apprendre à connoître les matières et à déterminer leurs mélanges.
On nomme petunsé, ou plus exactement pe-tun-tsé, les roches feldspatiques propres à la fabrication de la porcelaine, et kao-lin les terres qui résultent de la décomposition de ces mêmes roches. Ces deux mots sont chinois, et quoiqi'ls n'ayent peut-être pas le sens qu'on leur donne, on les conserve comme étant adoptés de toute l'Europe par les savans et par les fabricans de porcelaines.
Le petunsé n'est pas le feld-spath pur ; il est toujours associé avec le quartz et quelquefois avec le mica. Ce dernier fait rebuter le petunsé, qui même ne doit contenir de quartz que dans la proportion du tiers au quart de son poids. Comme les roches qui le renferment sont composées de ces trois substances, dont les manières d'être varient à chaque pas, il faut en extraire les parties qui ne se trouvent point dans les proportions qu'on vient d'indiquer. Il est inutile de dire que le petunsé qui est altéré par les acides métalliques, doit être également rejeté. La cassure de cette substance est, ou lamellaire, ou polyédrique. Dans la première variété, le quartz prend quelquefois une disposition graphique ; la seconde ne peut mieux être comparée pour son aspect qu'au marbre statuaire primitif. Le petunsé le plus vitrifiable est celui dont la cassure indique le mieux la molécule intégrante qui résulte de la division mécanique du feld-spath ou celui qui se rapproche le plus de la cristallisation.
Si les analyses chimiques des diverses variétés de feld-spath connues diffèrent entr'elles, l'agrégation du quartz doit faire varier encore plus celle des petunsé ; ils sont ordinairement composés de silice, d'alumine, de chaux et de potasse. La chaux et la potasse unies à la silice forment le principe vitrifiant du petunsé, et c'est en perdant ses terres alcalines qu'il se décompose et passe à l'état de kaolin. Ce dernier est d'autant moins fusible qu'il est plus décomposé.
Tous les naturalistes ont observé la décomposition des roches. Buffon est le seul qui en ait recherché la cause : il se trompe néammoins en disant que tous les verres primitifs sont également décomposables et que les kaolins du Limousin sont des détritus du quartz. L'infusibilité du kaolin lui donne en effet quelqu'analogie avec le quartz, et comme il contient une grande quantité de fragmens de cette dernière substance, Buffon observoit que le temps n'avoit pu encore le diviser. M. Alluaud, de Limoges, jeune homme très versé dans la minéralogie, a publié dans le Journal de Physique, des observations qui réfutent l'opinion de Buffon. Il n'est point effectivement de carrières de petunsé, ni même de terrains primitifs, où l'on ne rencontre les transitions insensibles qui prouvent le passage du feld-spath à l'état de kaolin. Sans doute la disposition lamelleuse du feld-spath, permet à l'eau de le pénétrer insensiblement ; et comme l'eau dans le sein de la terre, est souvent chargée d'acide carbonique, elle dissout alors plus facilement la potasse et la chaux dont le feld-spath se trouve ainsi dépouillé par des lessives successives, et c'est principalement dans les points où l'eau est demeurée en contact avec le feld-spath, qu'on remarque cette décomposition.

Préparation de la matière
 
D'après ces principes, on conçoit que les diverses variétés de petunsé et de kaolin sont doubelement multipliées par tous les degrés de transition qui peuvent exister entre ces deux substances, et par les proportions du quartz et du feld-spath qui constituent les petunsés. Les mélanges doivent donc être modifiés suivant la nature des matières qu'on emploie ; pour faciliter ces mélanges, on sépare les divers produits de l'exploitation, en mettant dans chaque série, ceux qui s'en rapprochent le plus.
Quatre genres, dont le premier est le petunsé sans altération et le plus vitrifiable, et dont le dernier est le kaolin le plus argileux et le plus réfractaire divisent les matières à pocelaines. L'addition du quartz subdivise chause genre en deux espèces.
La manufacture impériale de Sèvres, recherchant les moyens d'obtenir la porcelaine la plus belle, parfaitement blanche, presque opaque, aussi solide que celle de saxe, n'emploie point les matières brutes qui donneroient une pâte trop vitreuse, bleuâtre et sujette à casser par les changements de température ; elle ne met en usage que le kaolin pur, dépouillé par le lavage de la presque totalité du feld-spath non décomposé qu'il contient et qu'elle remplace par d'autres matières siliceuses en y joignant des fondans analogues à ceux du petunsé. Cette méthode est certainement la plus sûre et la plus uniforme ; mais si elle étoit suivie partout, on ne suffiroit pas à l'immense consommation des fabriques de porcelaine. On supplée à ces précautions, en s'assurant,par des essais de la qualité des kaolins bruts.
Les carrières de kaolin et de petunsé, les plus belles et les plus abondantes sont dans le canton de Saint-Yrieix ; on en trouve aussi dans celui de Coussac-Bonneval et à la maison rouge, commune de Bonnat ; mais les carrières situées dans cette dernière commune n'étant pas de bonne qualité, sont abandonnées depuis longtemps.
Le gisement de ces substances est constamment le même. L'arrondissement de Saint-Yrieix, qui renferme les carrières, est un plateau de gneiss plus ou moins fisile et décomposé ; la direction des couches n'est pas uniforme, et leur inclinaison est presque toujours moindre que de 45 degrés. Lorsque le quartz domine dans cette roche, elle est dure et compacte. Si au quartz ou au mica vient s'associer le feld-spath, alors elle est plus fissile ; mais si le mica domine, elle est encore plus feuilletée et plus décomposée. Il n'est point rare d'y rencontrer des grenats. Ce sont principalement ces dernières variétés qui renferment les kaolins. Le gneiss est le plus souvent rougeâtre, et sa couleur est d'autant moins intense qu'il renferme plus de feld-spath, quelquefois même il est d'un gris cendré, et toujours tellement chargé de parties ferrugineuses qu'il sembleroit que le mica, en s'emparant de ce métal, en a dépouillé le feld-spath pour le disposer ainsi à la fabrication de la poterie la plus précieuse.
Les petunsés et les kaolins sont rarement en couches bien caractérisées. Ils forment ordinairement des masses ou rognons dont les ramifications s'entrelacent, alternent avec les gneiss et les traversent quelquefois à la manière des filons. Le petunsé ou le kaolin qui contient le plus de quartz est ordinairement à la surface, et ces substances sont d'autant plus pures qu'on parvient à une plus grande profondeur, en sorte qu'il n'est point douteux que le feld-spath ne se soit précipité le premier, ainsi qu'on l'a déjà observé. Il n'est parfaitement décomposé que lorsque le sol récèle des sources abondantes.
1°. La carrière de petunsé la plus riche est à l'entrée de la ville de Saint-Yrieix, dans la partie occidentale de la route de Limoges ; elle fait partie des héritages de M. Rudeuil. La plus grande partie des produits de cette carrière appartient à la deuxième espèce du premier genre.La première espèce, beaucoup plus rare, ne repose que dans les couches inférieures : on ne trouve les espèces du deuxième genre que lorsqu'il se rencontre quelques fissures qui ont permis à l'eau d'y pénétrer. Cette carrière n'en étant pas incommodée est d'une exploitation facile ; elle peut fournir long-temps à la consommation la plus considérable. Le propriétaire en a traité avec M. Alluaud.
2°. Un peu au-dessus de la carrière précédente, il en existe une autre dans les possessions de M. Crezeunet ; elle est peu abondante. Le petunsé est souvent altéré par le mica et par des taches ferrugineuses ; il appartient aux espèces du deuxième genre, mais n'étant que de qualité médiocre, l'exploiation en a été abandonnée depuis plusieurs années. Les couches se prolongent dans la partie méridionale de la route. Le petunsé y est tellement décomposé, que les produits appartiennent presque tous au 3e genre. On y rencontre trés-rarement des kaolins argileux.
3°. La partie des couches de kaolin, qui se prolongeoit sous le cimetière de la ville, fut acquise et épuisée par M. Pouyat.
4°. Une autre carrière, exploitée par les héritiers du général Custines, alimente de ses produits la manufacture de Nedreuille.
5°. M. Robert, maître de forges à Saint Yrieix, possède aussi quelques carrières. Les kaolins qui en proviennent sont des 2e et 3e genre qui ont le moins de valeur, non-seulement parce que le petunsé et les kaolins fondans dominent, mais encore parce qu'il est trés difficile d'en détacher les parties hétérogènes.
6°. Dans les prairies dites du Clos de barres, est une carrière de kaolins argileux, des plus pures et des plus réfractaires, mais dont l'exploitation est aussi la plus dispendieuse. Le terrain est tellement inondé, et les gneiss sont tellement décomposés, que malgré de forts encaissements établis pour soutenir les parois des fosses ouvertes pour l'extraction, on est souvent forcé d'en suspendre les travaux.
7°. Les carrières de kaolin les plus intéressantes sont dans les dépendances du hameau de Marcognac, à deux kilomètres et demi, au nord-est de Saint Yrieix. Une partie est située dans les héritages des dames de Touron, qui en ont cédé l'exploitation à M. Pouyat ; mais la plus grande partie est dans ceux de M. Lavergne, qui en a fait la concession à perpétuité à M. Alluaud. Ces carrières sont situées à mi-côte d'une colline peu élevée et qui s'étend de l'est à l'ouest. Les couches du kaolin y sont beaucoup mieux prononcées qu'à Saint Yrieix ; elles ont quelquefois jusqu'à six mètres d'épaisseur. Les gneiss qui les renferment sont tantôt jaunâtres, tantôt rougeâtres, et plus rarement gris.

Préparation de la porcelaine
 
Deux variétés de kaolins s'exploitent dans ces carrières, car de même que celles de petunsé, le quartz y est toujours associé, et ce n'est aussi que dans la partie inférieure des couches, et à une certaine profondeur, qu'on rencontre les kaolins argileux purs et sans mélange de quartz. Dans les carrières basses et baignées par les eaux, le kaolin appartient au 4e genre et n'en conserve pas moins quelquefois la contexture lamelleuse. A peu de distance, sur le sommet de la colline, où le terrain n'a que peu d'humidité, le kaolin est moins décomposé ; il est encore dur, vitrifiable et appartient aux espèces du 3e genre.
Les carrières les plus riches et les plus abondantes sont celles de MM. Pouyat et Alluaud ; celles de ce dernier sur tout qui ont toujours alimenté les travaux de la manufacture de Sèvres, assurent pour long-temps à la France des ressources précieuses pour la fabrication de la porcelaine.
Les gneiss qui renferment les kaolins étaient décomposés comme eux et n'ayant aucune solidité, on est obligé de les exploiter à tranchées ouvertes en enlevant par terrassements les couches qui les recouvrent. Si une carrière est inondée, il faut en faire écouler les eaux, soit en ouvrant de longues tranchées, soit en perçant des galeries à la plus grande profondeur possible. Lorsque les manoeuvres ont découverts les kaolins par bancs disposés par gradins, ils les enlèvent soigneusement, et les portent dans des paillassons sous des angars ; là des femmes et des enfants les séparent des parties hétérogènes, telles que les grains des quartz trop gros, le mica, qui forme quelquefois de petites masses, et les taches d'oxyde de fer et de manganèse qui recouvrent souvent les kaolins sur les joints naturels de la roche. Chaque qualité de kaolin est séparée avec soin ; s'il en est qui renferme une trop grande quantité de quartz à gros grains, on le décante sur les lieux. Comme les kaolins sont toujours très humides en sortant des carrières, on les fait sécher sur des planches exposées à l'ardeur du soleil, ensuite on les met dans des sacs pour les transporter à Limoges ; la mauvaise saison oblige de suspendre les travaux pendant une partie de l'année.
Les matières sont broyées dans des moulins analogues à ceux dont on se sert pour les belles poteries. Les meules sont de petunsé, de grès ou de silex ; elles ont depuis 65 jusqu'à 97 centimètres de diamètre sur quarante d'épaisseur. Le mécanisme du moulin est composé d'une roue à eau, d'une lanterne montée sur son arbre, et dont les fuseaux s'engrènent avec les dents d'un grand hérisson, dont le mouvement est horizontal. Les meules renfermées dans des cuves sont mues par de petites lanternes rapprochées de l'hérisson, qui est garni d'une deuxième rangée de dents horizontales. La force des eaux détermine le nombre et la dimension des meules.
Avant de faire broyer le petunsé, il est indispensable de le faire piler dans des brocards, dont les pilons, armés de fer à leurs extrémités, ont environ 2 mètres 59 centimètres de hauteur, sur 16 centimètres d'écarissage.
Lorsqu'on a déterminé les doses du mélange, on verse ensemble les divers kaolins sur la meule, et on y ajoute la quantité d'eau nécessaire pour obtenir, après le broyage, une pâte claire qu'on passe dans un tamis de soie. La pâte à service est la moins broyée ; celle du biscuit l'est davantage ; mais l'émail composé de petunsé ne sauroit jamais l'être trop ; placé sous la dent, on ne doit y sentir aucun gravier.
Après cette opération, on dépose dans des cuves la pâte ou converte ; lorsque l'eau est égoutée, et que la pâte a pris de la consistance, on la met dans des terrines qu'on expose au soleil, et lorsque les gâteaux sont un peu solides, on les renverse sur des séchoirs d'où on ne les enlève que pour les renfermer dans des futailles préparées pour les envois. Pour sécher les pâtes en hiver, on est obligé de placer les terrines dans un four ou dans une étuve.
Les plus beaux moulins pour la préparation des pâtes sont ceux de MM. Alluaud et Pouyat. Celui de M. Alluaud est placé sur la Vienne, à peu de distances de Limoges. Il est composé de seize meules et de douze pilons. Il pourroit fournir annuellement environ 20000 myriagrammes de pâtes ou couvertes. Plusieurs habitants de Saint-Yrieix possèdent quelques moulins, mais qui n'offrent aucune importance, si l'on excepte ceux de MM. Chapetias et Robert.
Le débit des matières à porcelaine s'est insensiblement accru avec le nombre et la consommation des fabriques. Dans l'origine, leur valeur fut à des prix que la cupidité seule avoit fixés, mais que la concurrence fit bientôt descendre à un taux plus modéré. Antérieurement à 1789, les kaolins bruts se vendoient environ 2fr90c, et la couverte à 3fr60c. Une considération qui tend à élever le prix des matières, c'est que les carrières qu'on exploite étant toujours les mêmes, et les couches de kaolin s'enfonçant obliquement, cette substance, au lieu de se trouver comme dans le commencement, au dessous de quelques centimètres d eterre hétérogène, ne se trouve plus qu'au dessous de dix mètres de déblais, qu'il faut enlever ensuite pour parvenir à extraire une couche de kaolin, qui n'a pas quelquefois deux mètres d'épaisseur. D'ailleurs, la cherté du bois, du fer et de la main-d'oeuvre a occasionné d'autres augmentations de prix qui seront encore plus considérables si les circonstances ne deviennent pas plus favorables à ce genre d'industrie.

Fourneau à porcelaine
 

Avant la révolution, on comptoit en France une vingtaine de fours à porcelaine en activité, qui consommoient annuellement environ 15000 myriagrammes de matières. Il en étoit exporté dans diverses manufactures de l'Europe environ 5000 myriagrammes, qui devoient produire une fabrication égale au tiers de celle de l'État. Depuis 1789, le nombre des fours a plus que doublé en France. En 1801, la consommation des kaolins s'est élevée à 35000 myriagrammes, et il n'en a été exporté qu'une très-foible quantité pour le Danemarck et pour l'Italie. La manufacture de Madrid a consommé des kaolins de Bayonne. La cherté des voitures par terre et la difficulté des expéditions maritimes sont sans doute la principale cause de la diminution de cette exportation. On a souvent demandé que toute exportation fût défendue ; mais sans recourir à une mesure aussi sévère, il conviendroit au moins d'établir un droit fixe sur les matières exportées, pour compenser en partie les bénéfices que la France pourroit retirer de la fabrication exclusive de la porcelaine en blanc.
D'après la consommation annuelle de 35000 myriagrammes, on peut calculer très-approximativement la valeur de cette fabrication en France. Chaque fournée dépense environ 50 myriagrammes de pâte et de couverte ; les 35000 myriagrammes font donc 700 fournées par an, qui, évaluées les unes dans les autres à 1500fr, non compris les figures en biscuit, vases de goût et fonds de couleurs au grand feu, donnent un produit d'un million cinquante mille fr., auquel il faut ajouter l'immense valeur que les peintures ou les dorures ajoutent à celle du blanc. Au lieu de 700 fournées qu'on fait annuellement, les quarante fours existans pourroient en faire au moins le double, en sorte que, d'après ces données, on croit pouvoir établir que la France a trop de manufactures de porcelaines, que leur concurrence fait descendre leurs produits à un prix tel que l'importation du numéraire qui devroit en résulter en est considérablement diminuée, et que les manufactures ne peuvent se procurer un assez grand nombre d'artistes pour donner à la fabrication toute l'importance dont elle est susceptible.