Tiré d'un ouvrage de Gaston
Vuillier sur le culte des fontaines en Limousin, cet extrait, paru en
septembre 1901.
Les roumius ou romiers, comme on les nommait au moyen-âge, sont
les messagers, rémunérés par les malades, venus par
procuration sur un lieu de pèlerinage accomplir en leur faveur
les rites sacrés.
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[...] Par trois fois les roumius
venaient donc de faire le tour de la fontaine sacrée et par trois
fois aussi il y avait trempé leurs lèvres.
Quelques uns lavaient ensuite leurs mains qu'ils n'essuyaient pas, mais
qu'ils laissaient sécher, pour rendre sans doute le contact de
l'eau plus efficace, en tenant les bras étendus et les doigts écartés
comme s'ils étaient crucifiés. D'autres lavaient leurs jambes
mises à nu, leurs yeux ou quelque partie secrète de leur
corps. Et je remarquais que leurs ablutions étaient toujours descendantes,
jamais ascendantes, formule indispensable du rite, comme nous venons de
le voir.
Les membres qu'ils soumettaient à ces ablutions correspondaient
aux membres malades de ceux pour lesquels ils étaient venus au
pèlerinage. D'après la croyance, cette ablution doit guérir
l'infirmité lointaine ou tout au moins la soulager notablement.
Il en est qui tiraient de leur besace des linges maculés, provenant
de leurs mandataires, qu'ils exposiaent simplement devant la source, ou
qui suspendaient des loques souillées, de petits bonnets d'enfants,
des langes, à une grande croix de bois érigée tout
auprès. Puis, à l'aide de leurs couteaux, ils détachaient
des esquilles de la croix, les baisaient dévotement et les plaçaient
dans des sachets qu'ils portaient au cou ou dans un coin de leur mouchoir
qu'ils nouaient avec soin. La plupart jetaient ensuite quelque menue monnaie
dans la source, souvenir, sans doute inconscient, des anciennes offrandes
propitiatoires.
L'exposition de mumies, c'est à dire de linges maculés
par le sang et la suppuration d'une plaie, faites par les roumius devant
la fontaine sacrée, a quelque rapport avec l'emploi de la poudre
de sympathie dont la vogue fut immense jusqu'à la fin du XVIIe
siècle. Cette poudre guérissait les blessures par sa simple
application sur les linges qui avaient servi à les panser. Madame
de Sévigné, dans plusieurs de ses lettres, déclare
avoir été merveilleusement guérie d'une plaie à
la jambe par ce procédé. Le colonel de Rochas, dans son
remarquable ouvrage, l'extériorisation de la sensibilité,
consacre à la poudre de sympathie, un chapitre des plus intéressants.
L'exposition des mumies, faite par les roumius, pourrait
également se rapporter un peu à la "guérison
magnétique des plaies par la transplantation" dont il est
traité dans le même ouvrage. S'il est démontré
qu'une maladie peut être enlevée à un corps humain
pour être communiquée à une plante, à un arbre
ou à un animal quelconque, par l'approche ou le contact d'une mumie,
nous pourrions admettre, en faisant toutefois intervenir la suggestion,
que l'eau des fontaines sacrées guérit le malade lointain
en s'appropriant les principes morbifiques de la mumie qui, désormais,
suivront le fil de l'eau.
Mais le crépuscule du matin s'enfuyait ; de nombreuses carrioles
arrivaient, suivies du peuple bruyant des piétons et des cavaliers.
Les pèlerins de mystère, les roumius, disparurent
un à un comme des ombres, dans les profondeurs de la forêt.[...]
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