Culte des fontaines - Albussac
Rhumatisants
se rendant aux
sources saintes
Tiré d'un ouvrage de Gaston Vuillier sur le culte des fontaines en Limousin, cet extrait, paru en septembre 1901.

[...] C'était un soir d'été ; nous nous reposions sur une pelouse ombragée de grands chênes, devant le perron du château de Saint-Priest. A travers les arbres séculaires, on voyait se dresser au loin, le clocheton d'une vieille chapelle enguirlandée de lierre et l'on apercevait, dans une dépression, l'étang de Ruffaud, reflétant en son cristal la futaie bordant la rive.
Il y avait là, en dehors de la comtesse de Valon, dont on connait la haute supèriorité, une société choisie de femmes infiniment distinguée, spirituelles et fort instruites. On n'ignorait pas les recherches auxquelles je me livrais sur le culte des fontaines, et, naturellement, la conversation était sur ce sujet. On m'apprenait qu'au village d'Albussac, entre Argentat et Tulle, justement près de Forgès, où avait surgi la fontaine miraculeuse annoncée par le Mirabilis liber, une statue de la vierge était érigée autrefois sur un rocher appelé le roc de la Sainte. Derrière ce rocher s'étendait un pré que le propriétaire, un mécréant, imagina un beau jour d'irriguer, ce qui fit tomber l'eau des rigoles sur la tête de la Vierge. On dit avec un grand sérieux dans le pays, que, vexée par cette douche importune, la Vierge partit pour l'Auvergne et s'établit à Mauriac. Les gens d'Albussac l'allèrent chercher, la rapportèrent en pompe et la replacèrent sur son rocher ; mais les irrigations reprenant, et personne ne pouvant les empêcher, la Vierge repartit pour l'Auvergne, où définitivement elle se fixa. Elle est en grande vénération à Mauriac et s'y plaît apparemment, puisqu'elle n'est plus revenue. Or, d'après une vieille coutume, les fervents Limousins qui font faire des dévotions à la Vierge de Mauriac sans pouvoir s'y rendre en personne, viennent tous les ans, au mois de mai, au roc de la Sainte, l'implorent et font brûler des cierges devant la place qu'occupa la Madone absente depuis des siècles. [...]