[...] C'était un soir d'été ;
nous nous reposions sur une pelouse ombragée de grands chênes,
devant le perron du château de Saint-Priest. A travers les arbres
séculaires, on voyait se dresser au loin, le clocheton d'une vieille
chapelle enguirlandée de lierre et l'on apercevait, dans une dépression,
l'étang de Ruffaud, reflétant en son cristal la futaie bordant
la rive.
Il y avait là, en dehors de la comtesse de Valon, dont on connait
la haute supèriorité, une société choisie
de femmes infiniment distinguée, spirituelles et fort instruites.
On n'ignorait pas les recherches auxquelles je me livrais sur le culte
des fontaines, et, naturellement, la conversation était sur ce
sujet. On m'apprenait qu'au village d'Albussac, entre Argentat et Tulle,
justement près de Forgès, où avait surgi la fontaine
miraculeuse annoncée par le Mirabilis liber, une statue de la vierge
était érigée autrefois sur un rocher appelé
le roc de la Sainte. Derrière ce rocher s'étendait un pré
que le propriétaire, un mécréant, imagina un beau
jour d'irriguer, ce qui fit tomber l'eau des rigoles sur la tête
de la Vierge. On dit avec un grand sérieux dans le pays, que, vexée
par cette douche importune, la Vierge partit pour l'Auvergne et s'établit
à Mauriac. Les gens d'Albussac l'allèrent chercher, la rapportèrent
en pompe et la replacèrent sur son rocher ; mais les irrigations
reprenant, et personne ne pouvant les empêcher, la Vierge repartit
pour l'Auvergne, où définitivement elle se fixa. Elle est
en grande vénération à Mauriac et s'y plaît
apparemment, puisqu'elle n'est plus revenue. Or, d'après une vieille
coutume, les fervents Limousins qui font faire des dévotions à
la Vierge de Mauriac sans pouvoir s'y rendre en personne, viennent tous
les ans, au mois de mai, au roc de la Sainte, l'implorent et font brûler
des cierges devant la place qu'occupa la Madone absente depuis des siècles.
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