Un bâtiment s'effondre

 

Retrouvé parmi les actes de décès de la commune d'Arleuf (58) l'acte ci-dessous enregistré sous le n°37 tient autant du récit tragique d'un fait divers que d'une écriture administrative pure et dure.

Aujourd’hui vingt cinq ventôse troisième année républicaine neuf heures du matin devant moi Léonard Guenard officier municipal faisant les fonctions d’officier public pour l’absence de l’officier public ordinaire ont comparu Jean Amiot juge de paix et officier de police du canton d’Arleuf demeurant aux Bouffechoux commune d’Arleuf, lequel assisté de François Rollot propriétaire à Voucoux même commune d’Arleuf âgé d’environ cinquante ans et de François Paquelin aussi propriétaire à Voucoux âgé de vingt six ans a déclaré à moi Léonard Guenard qu’ayant été instruit que huit personnes avaient été écrasées sous les décombres d’un bâtiment situé au dit lieu de Voucoux et tombé la nuit du vingt trois au vingt quatre de ce mois sur les neuf heures du soir il s’était transporté sur le lieu et y avait dressé le procès verbal dont la teneur suit.
Aujourd’hui vingt cinq ventôse troisième année de la république française une et indivisible à sept heures du matin nous Jean Amiot juge de paix du canton d’Arleuf district de Chinon la Montagne ayant été requis nous nous sommes transporté au lieu de Voucoux commune d’Arleuf où était l’emplacement de la maison appartenant à Lazare Rollot et assisté des citoyens Pierre Bonnot notable et Pierre Pillin officier municipal. Nous avons trouvé huit cadavres deux masculins et six féminins gisant par terre lesquels on nous a dit être ceux de Catherine Barroin femme de Lazare Rollot, de Lazarette, Dominique, Jean, Jeanne et Jeanne Rollot enfants de ladite défunte Catherine Barroin, et de Lazare Rollot son mari, de Jeanne Barroin veuve de Guillaume Paquelin, de Pierre Paquelin enfant de ladite Jeanne Barroin et dudit Guillaume Paquelin, que Pierre Paquelin, Jean Rabeux, François Rollot, Lazare Trinquet, Jean et Lazare Bouchoux, tous habitants dudit lieu de Voucoux nous ont dit avoir été ensevelis vivants et avoir été écrasés par les décombres de la maison dudit Lazare Rollot qui s’est écroulée de fond en comble le vingt trois du présent mois sur environ les neuf heures du soir et de dessous lesquelles décombres ont été retirés le lendemain par tous les citoyens du Blandin qu’ils ont appelé à leur secours. Nous avons trouvé lesdits cadavres arrachés de dessous les décombres, couverts de haillons et de poussière, ensanglantés, divers de leurs membres fracturés et plusieurs parties de leur corps couvertes de grandes contusions ; on a seulement trouvé dans les poches du cadavre de ladite Jeanne Barroin la somme de trente cinq livres dix sols en assignats qui nous avaient été remis la veille par le citoyen Martin de Blandin
et au même moment est survenu sur notre invitation le citoyen Jean Baptiste Boudeau officier de santé à Arleuf lequel après visite et examen fait desdits cadavres nous a dit et rapporté que lesdits Catherine Barroin, Lazarette, Dominique, Jean, Jeanne et Jeanne Rollot, Jeanne Barroin et Pierre Paquelin étaient réellement morts et que les fractures et violentes contusions dont la tête, la poitrine étaient couverts ayant empêché la circulation extérieure et ayant obligé le sang à se porter avec impétuosité sous les parties intérieures, ils avaient été suffoqués de concours avec la privation de l’air et a ledit Jean Baptiste Boudeau signé avec les notables et officiers municipaux susnommés signé Boudeau, Bonnot, Pillin et Amiot.
et de suite nous avons procédé à l’information des causes et circonstances de la mort desdits défunts ainsi qu’il suit. Pierre Paquelin âgé de quarante cinq ans, Jean Rabeux âgé de quarante ans, François Rollot âgé de cinquante ans, Lazare Trinquet trente cinq ans, Jean Bouffecchoux âgé de quarante sept ans et Lazare Bouffechoux âgé de cinquante ans tous propriétaires demeurant à Voucoux, après serment par eux fait de dire vérité sur tout séparément déposé que le vingt trois présent mois environ neuf heures du soir ils entendirent un grand bruit, qu’ayant parcouru le village ils trouvèrent la maison de Lazare Rollot absolument écrasée, qu’ils entendirent des cris qui leurs firent reconnaître la voix de Lazare Rollot, qu’ils s’étaient à l’aide de lumière rendu au lieu d’où venaient les cris ils aperçurent à travers la pierre qu’ils parvinrent à arracher d’entre elles, que le dit Lazare Rollot leur dit, ma femme, mes cinq enfants, Jeanne Barroin et son enfant sont tous écrasés ; tachez de les découvrir qu’ayant fait des recherches délibérées ils ne purent rien voir ni entendre, que dès le jour ils avertirent les habitants du Blandin qui étant venus trouvèrent après avoir enlevé plus de cent ??? de pierres et de terre lesdits cadavres dans l’état où nous les voyons et a signé ledit Lazare Bouffechoux, les autres ayant déclarés ne le savoir de ce enquis. Signé Bouffechoux, Bonnet, Pillin et Amiot juge de paix.
Ce fait nous avons laissé lesdits cadavres en la possession de Lazare Bouffechoux qui s’en est chargé pour les faire inhumer selon l’usage et a ledit Lazare Bouffechoux signé avec nous et de ce que dessus nous avons dressé le présent procès verbal pour ??? et valoir ce que de raison Bouchoux, Bonnot, Pillin et Amiot.
D’après la lecture de ce procès verbal que François Rollot et François Paquelin ont certifié conforme à la vérité et la visite que j’ai faite moi même des lieux et cadavres sus-nommés j’ai rédigé le présent acte que Jean Amiot juge de paix a signé, François Rollot et François Paquelin ne signent de ce enquis.
fait en la maison commune le jour mois et an susdits et par laquelle visite je me suis assuré que Catherine Barroin femme de Lazare Rollot âgée d’environ quarante ans, Lazarette Rollot âgée d’environ dix ans, Dominique Rollot âgée de huit ans, Jeanne Rollot âgée de six ans, Jean Rollot âgé de cinq ans et Jeanne Rollot âgée de neuf mois les cinq derniers enfants de Lazare Rollot et Catherine Barroin et Jeanne Barroin veuve de Guillaume Paquelin âgée d’environ cinquante ans et Pierre Paquelin fils de ladite Jeanne Barroin et de Guillaume Paquelin âgé de dix ans, sont réellement péris sous les ruines de la maison de Lazare Rollot dans la nuit du vingt trois de ce mois.