Aujourd’hui vingt cinq ventôse troisième année
républicaine neuf heures du matin devant moi Léonard Guenard
officier municipal faisant les fonctions d’officier public pour
l’absence de l’officier public ordinaire ont comparu Jean
Amiot juge de paix et officier de police du canton d’Arleuf demeurant
aux Bouffechoux commune d’Arleuf, lequel assisté de François
Rollot propriétaire à Voucoux même commune d’Arleuf
âgé d’environ cinquante ans et de François
Paquelin aussi propriétaire à Voucoux âgé
de vingt six ans a déclaré à moi Léonard
Guenard qu’ayant été instruit que huit personnes
avaient été écrasées sous les décombres
d’un bâtiment situé au dit lieu de Voucoux et tombé
la nuit du vingt trois au vingt quatre de ce mois sur les neuf heures
du soir il s’était transporté sur le lieu et y avait
dressé le procès verbal dont la teneur suit.
Aujourd’hui vingt cinq ventôse troisième année
de la république française une et indivisible à
sept heures du matin nous Jean Amiot juge de paix du canton d’Arleuf
district de Chinon la Montagne ayant été requis nous nous
sommes transporté au lieu de Voucoux commune d’Arleuf où
était l’emplacement de la maison appartenant à Lazare
Rollot et assisté des citoyens Pierre Bonnot notable et Pierre
Pillin officier municipal. Nous avons trouvé huit cadavres deux
masculins et six féminins gisant par terre lesquels on nous a
dit être ceux de Catherine Barroin femme de Lazare Rollot, de
Lazarette, Dominique, Jean, Jeanne et Jeanne Rollot enfants de ladite
défunte Catherine Barroin, et de Lazare Rollot son mari, de Jeanne
Barroin veuve de Guillaume Paquelin, de Pierre Paquelin enfant de ladite
Jeanne Barroin et dudit Guillaume Paquelin, que Pierre Paquelin, Jean
Rabeux, François Rollot, Lazare Trinquet, Jean et Lazare Bouchoux,
tous habitants dudit lieu de Voucoux nous ont dit avoir été
ensevelis vivants et avoir été écrasés par
les décombres de la maison dudit Lazare Rollot qui s’est
écroulée de fond en comble le vingt trois du présent
mois sur environ les neuf heures du soir et de dessous lesquelles décombres
ont été retirés le lendemain par tous les citoyens
du Blandin qu’ils ont appelé à leur secours. Nous
avons trouvé lesdits cadavres arrachés de dessous les
décombres, couverts de haillons et de poussière, ensanglantés,
divers de leurs membres fracturés et plusieurs parties de leur
corps couvertes de grandes contusions ; on a seulement trouvé
dans les poches du cadavre de ladite Jeanne Barroin la somme de trente
cinq livres dix sols en assignats qui nous avaient été
remis la veille par le citoyen Martin de Blandin
et au même moment est survenu sur notre invitation le citoyen
Jean Baptiste Boudeau officier de santé à Arleuf lequel
après visite et examen fait desdits cadavres nous a dit et rapporté
que lesdits Catherine Barroin, Lazarette, Dominique, Jean, Jeanne et
Jeanne Rollot, Jeanne Barroin et Pierre Paquelin étaient réellement
morts et que les fractures et violentes contusions dont la tête,
la poitrine étaient couverts ayant empêché la circulation
extérieure et ayant obligé le sang à se porter
avec impétuosité sous les parties intérieures,
ils avaient été suffoqués de concours avec la privation
de l’air et a ledit Jean Baptiste Boudeau signé avec les
notables et officiers municipaux susnommés signé Boudeau,
Bonnot, Pillin et Amiot.
et de suite nous avons procédé à l’information
des causes et circonstances de la mort desdits défunts ainsi
qu’il suit. Pierre Paquelin âgé de quarante cinq
ans, Jean Rabeux âgé de quarante ans, François Rollot
âgé de cinquante ans, Lazare Trinquet trente cinq ans,
Jean Bouffecchoux âgé de quarante sept ans et Lazare Bouffechoux
âgé de cinquante ans tous propriétaires demeurant
à Voucoux, après serment par eux fait de dire vérité
sur tout séparément déposé que le vingt
trois présent mois environ neuf heures du soir ils entendirent
un grand bruit, qu’ayant parcouru le village ils trouvèrent
la maison de Lazare Rollot absolument écrasée, qu’ils
entendirent des cris qui leurs firent reconnaître la voix de Lazare
Rollot, qu’ils s’étaient à l’aide de
lumière rendu au lieu d’où venaient les cris ils
aperçurent à travers la pierre qu’ils parvinrent
à arracher d’entre elles, que le dit Lazare Rollot leur
dit, ma femme, mes cinq enfants, Jeanne Barroin et son enfant sont tous
écrasés ; tachez de les découvrir qu’ayant
fait des recherches délibérées ils ne purent rien
voir ni entendre, que dès le jour ils avertirent les habitants
du Blandin qui étant venus trouvèrent après avoir
enlevé plus de cent ??? de pierres et de terre lesdits cadavres
dans l’état où nous les voyons et a signé
ledit Lazare Bouffechoux, les autres ayant déclarés ne
le savoir de ce enquis. Signé Bouffechoux, Bonnet, Pillin et
Amiot juge de paix.
Ce fait nous avons laissé lesdits cadavres en la possession de
Lazare Bouffechoux qui s’en est chargé pour les faire inhumer
selon l’usage et a ledit Lazare Bouffechoux signé avec
nous et de ce que dessus nous avons dressé le présent
procès verbal pour ??? et valoir ce que de raison Bouchoux, Bonnot,
Pillin et Amiot.
D’après la lecture de ce procès verbal que François
Rollot et François Paquelin ont certifié conforme à
la vérité et la visite que j’ai faite moi même
des lieux et cadavres sus-nommés j’ai rédigé
le présent acte que Jean Amiot juge de paix a signé, François
Rollot et François Paquelin ne signent de ce enquis.
fait en la maison commune le jour mois et an susdits et par laquelle
visite je me suis assuré que Catherine Barroin femme de Lazare
Rollot âgée d’environ quarante ans, Lazarette Rollot
âgée d’environ dix ans, Dominique Rollot âgée
de huit ans, Jeanne Rollot âgée de six ans, Jean Rollot
âgé de cinq ans et Jeanne Rollot âgée de neuf
mois les cinq derniers enfants de Lazare Rollot et Catherine Barroin
et Jeanne Barroin veuve de Guillaume Paquelin âgée d’environ
cinquante ans et Pierre Paquelin fils de ladite Jeanne Barroin et de
Guillaume Paquelin âgé de dix ans, sont réellement
péris sous les ruines de la maison de Lazare Rollot dans la nuit
du vingt trois de ce mois.